Qu'est-ce qu’un claquage, une déchirure musculaire ?
Souvent négligés, les traumatismes musculaires du sportif
peuvent être invalidants, surtout par leur risque de récidives. Derrière
cette pathologie se cachent les termes de « claquage », de « béquille », d'
« élongation » si souvent entendus dans les vestiaires, sur les bords des
terrains et lus dans les rubriques sportives des journaux. Les sportifs de
tous niveaux sont concernés.
Pour mieux cerner l'intérêt de cette question un rappel
anatomo-physiologique s'impose.
1. La physiologie de la contraction musculaire
Les nerfs conduisent l'influx nerveux du cerveau (centre de commande) aux
muscles. Cet influx, de nature électrique (on peut enregistrer une onde
électrique sur un nerf excité), donne un signal, un ordre aux muscles qui
se contractent. Un muscle est constitué de milliers de cellules : les
fibres musculaires. Chaque fibre est une unité anatomique et physiologique.
Lors d'une contraction, un muscle se raccourcit dans sa longueur et
s'épaissit dans sa largeur. Cette diminution de longueur est due à un
raccourcissement de chaque fibre musculaire.
Comment expliquer ce phénomène ?
Au microscope électronique une fibre musculaire a un aspect strié : des
bandes claires et des bandes sombres se succèdent. Cela est dû à la
présence de filaments parallèles, disposés dans le sens de la longueur ;
ces filaments d'actine et de myosine sont liés entre eux par des « ponts ».
La contraction de la fibre musculaire, c'est-à-dire son raccourcissement,
est due à un glissement des filaments d'actine et de myosine entre eux. A
noter que la présence de calcium, de potassium et de magnésium est
indispensable au bon déroulement de ce phénomène.
2. Le traumatisme musculaire et ses conséquences
Que se passe-t-il lors d'un traumatisme ?
- Lorsque le traumatisme est minime, quelques fibres musculaires seulement
sont rompues : il s'agit d'une élongation.
- Si le traumatisme est plus important des dizaines de fibres sont rompues
: il s'agit d'une déchirure.
- Quelquefois le muscle peut être concerné dans sa totalité il s'agit d'une
rupture.
A toutes ces lésions succède très rapidement une réaction inflammatoire,
source de douleur, puis suit le phénomène de cicatrisation qui se déroule
plus ou moins rapidement et de façon plus ou moins parfaite.
Quels sont les mécanismes de cette rupture musculaire ?
Ce peut être un traumatisme direct : coup de pied, coup de genou, coup de
coude, chute sur un objet dur qui blesse le muscle. Mais il peut s'agir
aussi - et c'est en fait l'intérêt de cette question d'un traumatisme
indirect. Dans ce cas, le muscle semble être sollicité au-delà de ses
possibilités ou bien à contretemps. Les circonstances de cet incident sont
assez bien définies : il s'agit d'un démarrage rapide, d'un brutal
changement de direction, d'un crochet, d'une impulsion ou d'une réception
de saut, d'un shoot...
Quels sont les muscles les plus souvent touchés ?
Tous les muscles peuvent être touchés, mais certains le sont plus
fréquemment : 90 % des déchirures concernent le membre inférieur, notamment
le jumeau interne (un des quatre muscles constituant le mollet), le
quadriceps et les ischio-jambiers (muscles de la cuisse).
Quels sont les sports les plus souvent concernés ?
Tous, mais au premier rang on peut citer les sports collectifs, le tennis,
l'athlétisme...
De la simple élongation à la rupture complète, tous les degrés de
gravité peuvent être décrits ; nous décrirons, par souci didactique, le
tableau, ô combien classique et quelquefois dramatique ! du claquage du
mollet. Le terme de claquage est impropre : la lésion dans ce cas est une
déchirure.
Les sprinters, les sportifs pratiquant une discipline où l'impulsion
et la réception sont des éléments prépondérants, sont les plus exposés. La
douleur « en coup de poignard » cloue en plein effort l'athlète. Ce dernier
perçoit d'ailleurs un craquement. L'arrêt de l'effort est immédiat pouvant
même provoquer une chute. La palpation révèle une douleur très localisée ;
quelquefois on peut observer dans la masse musculaire une légère
dépression. Très rapidement, en l'absence d'application de froid,
l'ecchymose et l’œdème s'installeront tandis que le reste de la masse
musculaire saine se contractera.
Dans la majorité des cas le diagnostic est facile. Parfois le médecin
peut utiliser l'échographie (véritable petit radar) et la thermographie
(enregistrement de la chaleur), plus pour suivre l'évolution des lésions
que pour faire le diagnostic.
3. Conduite à tenir sur le terrain ou aux vestiaires
Dans tous les cas, il faut convaincre le sportif d'arrêter ou d'abandonner
; ce n'est pas le plus facile.
Dans les suites immédiates, il faut refroidir la lésion avec de la glace ou
par des procédés de type poche réfrigérante ou aérosol réfrigérant. Il faut
ensuite faire un emplâtre compressif : déposer une pommade
anti-inflammatoire et décontracturante, recouvrir d'une compresse ou de
coton puis bander. Tout cela limite l'inflammation.
Il ne faut pas masser le muscle.
4. Conduite thérapeutique
La première tâche du médecin est d'expliquer au sportif blessé l'importance
primordiale du repos. Le repos sportif représente à lui seul 75 % de la
thérapeutique. Imaginez une plaie de la peau non suturée sans cesse mise
sous tension : la plaie cicatrisera de façon imparfaite. C'est exactement
le même raisonnement qu'il faut suivre pour les traumatismes musculaires.
Il est très difficile de faire accepter aux sportifs cette mise à l'écart
des compétitions, plus particulièrement chez les sujets pratiquant un sport
d'équipe où il est parfois délicat de reprendre sa place, le remplaçant
ayant été apprécié !
Bien entendu le repos peut être modulé ; cela permet au blessé de prendre
son mal en patience ! Rien n'empêche à un skieur, à un footballeur blessé à
un membre inférieur de suivre des séances de musculation des membres
supérieurs ! Il en est de même pour un lanceur, qui, blessé à un membre
supérieur, peut faire des séances de footing.
La durée du repos sportif est variable selon la gravité des lésions : sept
jours environ pour une élongation, quatorze pour une déchirure, Ces délais
sont à multiplier par deux en cas de récidive.
Enfin, la reprise sportive doit être progressive : la succession footing,
entraînement léger, entraînement normal puis compétition doit être
strictement respectée.
Le médecin peut d'autre part prescrire des anti-inflammatoires. Plusieurs
possibilités s'offrent à lui ; nous citerons sans être exhaustif :
- L'utilisation des anti-inflammatoires non stéroïdiens (allopathie). Ces
produits sont parfois mal supportés (nausées, douleurs abdominales,
diarrhées ... ). Il est classique et curieux de constater l'extrême
sensibilité des sportifs aux médicaments. La prise de ces produits pendant
le repas, associée à un pansement digestif diminue cependant l'intensité de
ces inconvénients.
- La phytothérapie.
- L'homéopathie.
- L'application de cataplasmes d'argile.
Notre préférence va vers ces trois derniers moyens thérapeutiques qui sont
des sujets de questions traitées dans ce livre ; nous recommandons au
lecteur de s'y reporter.
Peut-il y avoir des complications ? Si l'athlète ou le sportif suit son
traitement, et surtout respecte le repos, la guérison est le plus souvent
totale.
Cependant, il arrive parfois que cette rupture musculaire se complique d'un
hématome (hémorragie collectée dans la masse du muscle) ; la cicatrisation
peut aussi être de mauvaise qualité et laisser place à une cicatrice dite
fibreuse, source de douleurs. Au niveau du mollet, l'évolution peut
exceptionnellement se faire vers la phlébite (occlusion d'une veine
provoquant la formation d'un caillot).
Tout cela est rare. En fait, le véritable problème réside dans la fréquence
des récidives ; un sportif reprenant trop précocement, trop brutalement ou
sans remise en condition s'expose à de tels ennuis.
Il est facile de comprendre qu'une récidive se guérit plus lentement et
difficilement qu'une première atteinte. Lors d'une récidive le repos doit
être plus long et plus strict. Chaque sportif, chaque entraîneur devrait
avoir constamment « en tête » cette notion : une reprise trop précoce à la
suite d'un accident musculaire peut gravement compromettre l'avenir sportif
d'un sujet.
5. Prévention
Fondamentale, c'est l'aspect pratique de la question. Les recommandations
qui vont suivre devraient être prises en considération par tous les
sportifs, entraîneurs et éducateurs. Nous discernerons cinq types
d'actions.
L'insuffisance ou les erreurs d'entraînement. L'entraînement permet une
adaptation musculaire aux efforts demandés lors de la pratique d'un sport
en compétition. Il faut se méfier en particulier d'une reprise sportive
après une période d'inactivité : il ne faut jamais reprendre, sans
entraînement préalable sérieux, une activité sportive de compétition.
L'absence ou l'insuffisance d'échauffement. Ce point capital est illustré
par la grande fréquence d'incidents musculaires au début de l'activité
sportive. Nombre de sportifs s'échauffent de façon imparfaite, notamment
dans les sports collectifs : il est fréquent de voir un joueur de football,
de handball, d'un sport collectif quelconque, remplaçant un partenaire
blessé, entrer avec empressement sur le terrain, piétinant d'impatience,
gesticulant pour retenir l'attention de l'arbitre, sans échauffement
sérieux.
L'échauffement doit être progressif, long et adapté à la discipline
pratiquée. Il doit faire travailler les muscles les plus sollicités pendant
l'activité sportive. Il prend encore plus d'importance lorsque les
conditions climatiques sont défavorables ; dans ces circonstances le port
d'un survêtement est indispensable. Ici réside tout l'intérêt du
stretching.
Une mauvaise préparation physique générale. Une pratique sportive trop
exclusive provoque des déséquilibres musculaires. Une préparation physique
générale permet justement de contrer les effets néfastes d'une musculature
trop spécialisée.
Un exemple frappant : les triathlètes rencontrent peu de problèmes
musculo-tendineux, contrairement à ce que l'on pourrait croire ; en effet,
la pratique simultanée de 3 disciplines (natation, cyclisme et course à
pied), a priori incompatibles, entraîne en réalité harmonie et équilibre
musculaire.
Le stretching:
Il s'agit d'une méthode d'élongation musculaire à réaliser avant ou après
un match, une course ou un entraînement. Le but : accroître la souplesse
des muscles concernés par l'effort et éviter ainsi les accidents
musculaires. Il existe des programmes de stretching pour les différentes
disciplines, qui peuvent être parfaitement intégrés dans l'échauffement. Il
se montre particulièrement efficace lors de la reprise de l'entraînement
après un arrêt provoqué par des ennuis musculaires.
La séquence à réaliser pour un groupe musculaire est toujours la même :
- Contraction des muscles sans retenir la respiration pendant 20 secondes.
Relâchement des muscles pendant 5 secondes.
Une hydratation insuffisante avant, pendant ou après l'effort. Une
alimentation hypohydrique avec une proportion de protéines d'origine
animale trop importante favorise très nettement les problèmes musculaires.
Différents facteurs sont enfin à prendre en considération
- Le manque de sommeil : il est malheureusement trop fréquent de constater
le nombre important de sportifs pratiquant le dimanche tout en ayant
sacrifié à la rituelle sortie du samedi soir
- La prise de produits dopants.
- De plus, il faut remarquer que certains sujets, de par leur constitution,
sont plus enclins que d'autres à être victimes d'accidents musculaires.