Les douleurs du Dos
Nombreuses sont les questions de lecteurs concernant le mal de dos, les hernies discales ou les sciatiques. Ces problèmes sont en effet très fréquents et certains spécialistes disent que "tout le monde a eu, a, ou aura un jour mal au dos!" Mais ces problèmes ne sont pas spécifiques au cyclisme.
Un peu d'histoire de l'Homme d'abord: à l'origine, l'être humain, comme la plupart des animaux, marchait à 4 pattes. La colonne vertébrale était donc horizontale. Par conséquent, aucune pression ne pesait sur elle. Puis les hommes, ou leurs ancêtres, se sont redressés. La colonne, appelée scientifiquement rachis, s'est retrouvée verticale. Dès lors, le bas de la colonne vertébrale a supporté le poids de tout ce qui se situe au-dessus. Ainsi, les problèmes les plus fréquents viennent de la surcharge qui pèse sur les derniers disques lombaires (la région lombaire constitue la partie basse du dos). Le surpoids, le port répété de charges lourdes, les mouvements en rotation, une anomalie structurelle (scoliose), les sauts répétés favorisent la souffrance lombaire.
Le rachis
La colonne vertébrale est un empilement vertical de vertèbres. Celles-ci sont articulées entre elles en arrière. En avant, elles sont séparées les unes des autres par les disques intervertébraux. Ceux-ci sont des formations cartilagineuses, souples qui ressemblent, toute proportion gardée, à une tranche d'oignon que l'on aurait coupé horizontalement. Il est constitué d'un noyau central dur et de couches concentriques périphériques moins résistantes. Cette colonne doit se maintenir droite et être mobile vers (avant, vers (arrière, latéralement et en rotation). A la manière du mât d'un navire qui a besoin de cordages (bouts) pour tenir, ce sont les muscles abdominaux et les muscles paravertébraux qui assurent ce maintien et cette mobilité. Leur faiblesse entraîne souvent la souffrance lombaire.
La hernie discale
Avec les années et les facteurs évoqués ci-dessus (écrasement, mouvement), le disque intervertébral se dessèche, s'écrase légèrement, les lamelles se fissurent et le noyau dur a tendance à partir vers l'arrière. Il pousse sur les lamelles et, en périphérie, une hernie va apparaître progressivement. C'est la hernie discale, presque identique à la hernie sur un boyau cycliste. Celle-ci ne serait pas gênante si des nerfs ne passaient pas à proximité immédiate en sortant de la moelle épinière. Et ceux correspondant aux deux derniers disques lombaires sont les nerfs sciatiques. La hernie va irriter le nerf et apparaissent alors des douleurs soit lombaires soit sur le trajet du nerf. En ce qui concerne les nerfs sciatiques (il y en a deux de chaque côté), la douleur peut être lombaire, toucher la fesse, les faces postérieure ou externe de la cuisse, le mollet et même le pied, jusqu'aux orteils.
Dans les nerfs sciatiques, il existe des fibres sensitives et des fibres motrices. Ce sont les fibres sensitives qui sont les premières touchées par une hernie discale, d'où les douleurs, mais si la hernie est importante, elle va comprimer les fibres motrices, celles qui commandent les nerfs et on peut aboutir à une paralysie: soit le sujet ne peut plus relever la pointe du pied et se mettre sur les talons, soit il ne peut plus abaisser la pointe des pieds et se tenir debout dessus. Voilà, résumées et imagées, ce que pas sont les douleurs lombaires, la hernie discale et la sciatique.
Vélo et sciatique
Revenons-en au vélo. Le cycliste est penché vers l'avant mais cette position est avant tout liée à une bascule du bassin. La colonne vertébrale elle-même n'est que peu inclinée et il existe même une décharge de la partie postérieure des vertèbres. Cette colonne est donc relativement protégée, d'autant plus qu'elle n'est jamais en charge (il n'y a pas de poids à porter), qu'il n'y a ni mouvement de rotation (comme par exemple au tennis ou au golf) ni de micro-traumatismes répétés comme à la course à pied ou dans les sports avec sauts. Le cyclisme en lui-même, ne peut être à l'origine de souffrance lombaire ou de sciatique. D'ailleurs, des cyclistes atteints de sciatique précisent souvent qu'ils ne ressentent rien à vélo, comme vous le dites vous-même. En revanche, un cycliste n'est pas à l'abri pour autant, de problème lombaire ou de sciatique. Pour répondre à votre question, il n'y a aucun intérêt pour vous à arrêter le cyclisme et si vous ne souffrez pas en compétition, je pense que vous pouvez poursuivre la pratique du vélo.
Le diagnostic de la hernie discale est évoqué par la description de la douleur. On demande généralement des radiographies mais celles ci ne montrent que l'os. La hernie peut toutefois être suspectée si on retrouve un disque intervertébral pincé, écrasé.
Les bons remèdes
Seuls le scanner et l'IRM permettent de la visualiser. Le traitement sera appliqué en fonction de la gêne et de l'importance de la hernie. Si l'on souffre uniquement de douleurs lombaires, les médicaments (anti-inflammatoires non stéroïdiens, antalgiques, décontracturants), le repos, une ceinture lombaire et des soins locaux (massages) doivent en venir à bout. Ensuite, il faudra faire de la kinésithérapie et surtout de la musculation des abdominaux et des muscles qui soutiennent la colonne vertébrale. Si ce travail de rééducation est bien réalisé et que l'entretien est quotidien (quelques minutes chaque jour suffisent), le résultat est souvent excellent. S'il existe une gêne importante (douleurs intenses ou paralysie), il faut envisager selon les cas des infiltrations, la destruction d'une partie du disque par produits chimiques injectés directement dans le disque (c'est la chimionucléolyse) ou l'intervention chirurgicale au cours de laquelle la hernie est retirée et le nerf sciatique décomprimé. Il existe une autre forme de souffrance lombaire: l'arthrose des articulaires postérieures. En position debout ou assise, ces articulations sont comprimées et font souffrir. La position penchée en avant soulage et la pratique du cyclisme est alors tout à fait recommandée. En conclusion, on peut dire que les problèmes de dos sont rarement liés au vélo. Si c'est le cas, il faut avant tout vérifier la position et éventuellement redresser la colonne en abaissant la selle et en remontant, également le guidon. Une hernie discale diagnostiquée n'empêche pas de faire du vélo sauf si le patient souffre à vélo et, en cas d'intervention, la pratique de notre sport favori sera rapidement ré-autorisée puisqu'il ne sollicite pas la colonne vertébrale.